Covid-19 chez l'enfant

Fallait-il fermer les écoles ?

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Publié le 12/05/2020
Depuis hier, les établissements scolaires rouvrent progressivement leurs portes. De nombreuses questions restent toutefois en suspens sur la propagation du Covid-19 par l’enfant. Santé publique France a fait un point d'étape sur l’état actuel des connaissances scientifiques dans ce domaine.
La fermeture des écoles aurait eu peu d'impact sur l'épidémie

La fermeture des écoles aurait eu peu d'impact sur l'épidémie
Crédit photo : phanie

Comme les adultes, les enfants ont été touchés par l’épidémie de Covid-19. Ne serait-ce que par la fermeture des écoles et des crèches avant même la mise en place du confinement. Cette mesure a-t-elle eu un impact dans le contrôle de l’épidémie ? L’agence Santé publique France tente d'y répondre dans une synthèse publiée le 4 mai.

La principale hypothèse, émise très tôt durant la crise sanitaire, semble se confirmer. Les cas pédiatriques de Covid-19 représentent moins de 1,5 % des cas rapportés dans la tranche d’âge 0 à 19 ans*, avec un taux de létalité extrêmement faible. Cependant, les enfants semblent être autant sujets à l’infection que les adultes, même s’ils présentent des formes asymptomatiques ou peu graves dans près de 95 % des cas et sont, par conséquent, moins susceptibles d’être testés. Ainsi, en France, entre le 1er mars et le 24 avril 2020, les patients de moins de 18 ans représentaient 0,16 % des cas hospitalisés et 0,04 % des décès survenus à l’hôpital. « Les symptômes les plus fréquemment retrouvés chez l’enfant sont : fièvre, toux, rhinorrhée, diarrhée, nausées ou vomissements, et près de 2/3 des enfants présentent des signes d’atteinte pulmonaire à l’imagerie, sans signe de gravité clinique », rapporte Santé publique France, tout en signalant que « la transmission à partir d’enfants infectés, éventuellement asymptomatiques, est possible, mais n’a pas été observée ». Du reste, près de 90 % des enfants infectés l’ont été par l’intermédiaire d’une exposition intrafamiliale à un cas suspecté ou confirmé chez un adulte.

Les adultes, dynamique de l'épidémie ?

Ces constats interrogent sur la pertinence de la fermeture des écoles dans le contrôle de l’épidémie. Santé publique France avance que, selon les rares travaux de modélisation sur ce sujet, la fermeture des écoles a peu d’effet sur l’atténuation de l’impact (décès et admissions en réanimation) de la première vague épidémique, et n’améliore pas les prédictions quand elle est ajoutée à la combinaison des mesures les plus efficaces : isolement des cas, quarantaines et distanciation des personnes à risque. A contrario, la fermeture des écoles s’accompagne d’une augmentation de 50 % des contacts intrafamiliaux et 25 % des contacts communautaires.

La synthèse qui évoque les scénarios adoptés dans plusieurs pays, dans des contextes épidémiologiques toutefois différents, cite également deux études sur le rôle de la fermeture des écoles en France. La première concerne trois régions (Île-de-France, Hauts-de-France, Grand Est) et suggère que l’effet de délai et d’atténuation du pic épidémique est potentialisé par la durée de fermeture, avec un effet significatif pour au moins 8 semaines de fermeture. Toutefois, cette étude souligne que ce sont les adultes qui contribuent le plus à la dynamique de l’épidémie. Quant à la seconde étude, portant sur l'éventuelle levée des mesures de distanciation généralisée en Île-de-France, tous les scénarios étudiés envisagent le maintien de la fermeture des écoles au-delà de l’été.

* Au 22 avril 2020.

Marie Bonte

Source : Le Quotidien du Pharmacien