Mise en garde sur le risque d'hépatite liée au curcuma

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Publié le 05/01/2023
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Longtemps considéré comme hépatoprotecteur, le curcuma pourrait être hépatotoxique à haute dose, alerte l'Anses, qui pointe aussi un risque d'interactions médicamenteuses.

Le curcuma pourrait être hépatotoxique à doses élevées

Le curcuma pourrait être hépatotoxique à doses élevées
Crédit photo : VOISIN/PHANIE

Entre 2002 et 2021, plus de 40 cas d’hépatites en Italie et en France ont été recensés en lien avec la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine. Un signal que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) souligne dans un rapport.

Depuis la mise en place du dispositif de nutrivigilance en 2009, plus de 100 signalements d’effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma ou de la curcumine ont été recensés en France, dont 15 hépatites.

Pourtant considéré comme hépatoprotecteur, le curcuma pourrait être hépatotoxique à doses élevées, selon des études chez l’animal. L’agence estime ainsi nécessaire que des travaux complémentaires soient menés pour préciser la relation dose-effet et identifier le niveau d’exposition à risque.

Pour une consommation de curcumine sans risque pour la santé, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a fixé la dose journalière admissible (DJA) à 180 mg de curcumine par jour pour un adulte de 60 kg. « Au regard de cette dose, l’exposition de la population française par les aliments reste faible, avec 27 mg pour les grands consommateurs d’aliments à base de curcuma », rapporte l'Anses. Pour que tous les apports alimentaires, compléments inclus, ne dépassent pas la DJA, l’Anses a déterminé que la dose apportée par les compléments alimentaires doit rester inférieure à 153 mg par jour pour un adulte de 60 kg.

Mais cette valeur n’est valable que pour les formulations contenant de la curcumine sous forme classique. Or, « l’expertise a identifié un recours accru, dans les compléments alimentaires, à des formulations qui augmentent la biodisponibilité », souligne l'agence.

« Par ailleurs, il existe un danger avéré lié aux interactions médicamenteuses, insiste l'Anses. Il provient des effets de la curcumine sur les processus d’absorption intestinale et sur l’activité de plusieurs cytochromes P450. La curcumine est donc susceptible de modifier la biotransformation de nombreux médicaments. » L'agence estime que ce type de compléments alimentaires devrait être évité chez des personnes ayant des problèmes biliaires mais aussi chez celles traitées par des anticancéreux, des immunosuppresseurs ou des médicaments à marge thérapeutique étroite tels que les anticoagulants.

D.C.

Source : Le Quotidien du Pharmacien